Light Sleeper - Late Night Writings On Cinema
       
Avant-propos à "Art ignoré"
By Michel Mourlet
 
 

Le texte ci-dessous a été publié pour la première fois dans le N° 98 (août 1959) des Cahiers du Cinéma. Cette époque fut la plus brillante de la revue, jusqu’au départ de son principal rédacteur en chef, Éric Rohmer. Les rédacteurs en étaient notamment François Truffaut, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Jean-Luc Godard et tous ceux qui allaient bientôt illustrer de leurs films et de leurs écrits cette école du cinéma français appelée « la Nouvelle Vague ».

Comme le rappelle l’historien et critique Antoine de Baecque dans son Histoire des Cahiers du Cinéma,  l’étude en question connut un sort singulier : elle est la seule depuis l’origine de la revue à avoir été  entièrement imprimée en caractères italiques. Elle était précédée d’un avertissement, très probablement rédigé par Éric Rohmer lui-même : « Encore que la ligne de conduite des Cahiers soit moins rigoureuse qu’on a pu parfois le croire, ce texte ne la recoupe évidemment qu’en quelques points. Toute opinion extrême étant cependant respectable, nous tenons à soumettre celle-ci au lecteur, sans autres commentaires. »

L’étude provoqua quelque scandale et des remous dans le landernau du cinéma, et jusqu’au sein de la rédaction des Cahiers. Commentée et citée dans d’innombrables ouvrages et journaux, elle continue encore aujourd’hui à alimenter des polémiques, en particulier sur Internet et plus spécialement grâce aux sites anglophones. Une phrase de « Sur un art ignoré » a fait l’objet de multiples débats : celle que Godard cite en épigraphe de son film le Mépris, et qu’il a attribuée par erreur au théoricien du cinéma André Bazin (tout en la reproduisant, d’ailleurs, de manière inexacte). La phrase exacte, que l’on trouvera au début du paragraphe intertitré « Prééminence de l’acteur », est la suivante : « …le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs ».

   « Tout est dans la mise en scène » est également une assertion qui a fait couler de l’encre. Elle a été, en tant qu’elle résume le manifeste tout entier, considérée par certains comme fondatrice d’une nouvelle pensée cinématographique où se sont reconnus des cinéastes comme Claude Sautet, Gérard Blain ou Bertrand Tavernier, et surtout Pierre Rissient, découvreur de metteurs en scène et principal animateur du groupe dit des « Mac-mahoniens ». Dans le tableau synoptique figurant en annexe de son Histoire des Cahiers du Cinéma, A. de Baecque a inscrit la publication de « Sur un art ignoré » dans la colonne des événements artistiques majeurs.

Précisons pour finir que ce texte a été repris en 1965 dans l’ouvrage qui porte le même titre aux Éditions de la Table Ronde (ouvrage commandé par la suite en huit exemplaires par le Département d’État américain) et publié une troisième fois dans la réédition revue et augmentée du précédent : la Mise en Scène comme langage (Éditions Henri Veyrier, 1987). Quoiqu’il semble assez bien connu des cinéphiles aux États-Unis, il n’a jamais été traduit en anglais.

 

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